Les belles histoires de l’Oncle Paupaul – 2009

otage

 

Ce texte à été écrit en 2008 ou 2009, je ne sais plus vraiment, mais bon il était question dans l’actualité d’une grève de train et les habituels clichés sur « la prise en otage des usagers ». Cette actualité avait insipré ce petit billet

L’actu de la semaine, c’est la grève de train en Belgique et les commentaires y afférents. Non qu’il s’agisse ici de savoir qui du baffeur ou du baffé à raison (1), mais plutôt de s’étendre sur la question de l’isomorphisme étonnant des commentaires : la prise en otage.

Qu’on y regarde à deux fois, « la prise d’otage » comme d’autres mots perdent de la valeur à force d’utilisation. L’argument n’est pas neuf, loin s’en faut et on peut se demander si ce débat n’est pas lui-même éculé. Revenons à une théorie simple en illustrant avec force d’ exemples, utilisons une méthode empirique et raisonnée de comparaisons pour juger de cet argument. (2)

Théorie générale sur la perte de valence des mots – Loi de grand-mère

Années 1970

Lorsque j’étais petit garçon, ma grand-mère venait me border en me disant : « allez une grosse baise et puis dodo ». (3)

Années 2000

A un repas bien arrosé, j’ai eu le malheur de lâcher cette phrase, coincée quelque part au fond de mon cerveau, et l’effet ne s’est pas fait attendre. J’ai abrité malgré moi ce qui devait être la plus grande orgie entre joueurs de scrabble de tous les temps. (4)

Nous pouvons conclure au terme de cette première approche deux vérités approximantes :
1) Les grands-mères sont certainement plus polissonnes qu’il n’y paraît
2) Les joueurs de scrabble sont certainement plus polissons encore que nos grands-mères.

Corolaire de Bill Gates

Années 1980

Quelque chose de « top cool » était en réalité le fin du fin, le sommet, la cherry on the cake, bref ce qui se faisait de mieux ou encore nec plus ultra comme disait mon grand-père.
Puis sont arrivés les PC, peursonal compiouter, et leur cortège d’étonnements sur ces petites machines qu’on arrivait à qualifier qu’en fonction de leur puissance. D’où la blague de potache de « Y a combien de bytes dans ton PC ? » (5) et les octets : kilo, méga, giga.
L’argument des vendeurs à l’époque était la puissance de calcul.
Arguments du vendeur dans les années 1980.
« Cette ordinateur a un co-processeur mathématique de 286, ça veut dire qu’il va très très vite, surtout avec le nouveau DOS. C’est ce qu’on fait de mieux – j’ai le même à la maison ». (6)

Années 2000

Je me trimbalais encore jusqu’il y a peu avec PC Pentium 1, pentchiumin, ce qui me valait la risée d’à peu près tous ceux qui approchaient mon PC, surtout quand j’ai décidé de le connecter à la Toile intercontinentale du Ouèbe. Mon processeur étant tellement lent qu’avant de lire mes mails, j’avais le temps d’aller faire mes lessives au Lavomatic et revenir, préparer à manger, appeler les amis, lire un bon bouquin, prendre un bain, participer à une manifestation et faire un peu de vélo.

Bien décidé à acquérir un ordinateur à la puissance de calcul plus grande, je me rends au MedioMorkt et là je suis confronté à un langage d’extra-terrestre.
– « Vous pouvez soit le composer vous-même ou en prendre un pré-fabriqué chez Doll, avec une assistance helpdesk phone et mail seven-seven et twenty-four hours a day. Pour le processeur je vous conseille de prendre le plus puissant parce que d’ici deux ans c’est fini et si vous voulez jouer aux jeux vidéo. Ou si vous avez des enfants qui veulent jouer aux jeux vidéo, je vous conseille une carte graphique que vous boostez avec des rames supplémentaires de X méga. De toute façon il y a des slots libres, vous pourrez choisir de les ajouter après. Pour le confort de lecture un écran plat TFT 17 pouces plasma ».
– « Euh, et la puissance de calcul, enfin je veux dire le co-processeur mathématique ? »
– « Ben Pentium IV technologie Celeron – j’ai le même à la maison, mais je l’ai boosté avec des gigaoctets supplémentaires »

De ce corolaire, nous pouvons tirer deux vérités :
1) Les vendeurs de PC sont vachement plus pointus qu’avant.
2) Parler de puissance de calcul de nos jours à un vendeur a à peu près autant de chance d’aboutir que de demander à Benoît XVI de parrainer le Club naturiste de Bredene.

Le rapport avec la Loi de grand-mère, me direz-vous ?
1) Avez-vous déjà vu une grand-mère se rendre au MedioMorkt pour acheter un PC ?
2) Combien de mots, à votre sens, dans tous les anglicismes ci-dessus ne feraient pas plus de 30 points au Scrabble ? (et encore si on le place sur un mot compte triple, je vous raconte pas).

Nous pouvons en conclure que la perte de valence des mots
1) Nuit aux grands-mères
2) Sert vachement les intérêts des vendeurs de PC.

Variation sur le vocable « pris en otage ».

La variation sur le vocable « pris en otage » n’est jamais, comme son nom l’indique, qu’une variation de la Loi générale de grand-mère. Il suffit juste de remplacer, dans un premier temps, grand-mère par usagers et joueur de Scrabble par gouvernement.

Nous obtenons donc dans un premier temps la chose suivante :

Années 1980 Lorsque j’étais petit garçon, je regardais le journal parlé (7) où on évoquait encore les prises d’otages au Liban. Le gouvernement s’indignait. Je demandais alors à mes parents, « c’est quoi pris en otage ? » La réponse pour enfants « c’est lorsque des vilains privent d’autres personnes de leur liberté pour obtenir quelque chose ».

Années 2000

Par un glissement sémantique puissant, les gouvernants ont remplacé ce mot en évoquant la « prise en otage » des citoyens par les méchants cheminots. Le lien se fait inévitablement dans ma tête entre les otages du Liban, Ingrid Betancourt et… les méchants cheminots. Et les citoyens réutilisent le vocable pour qualifier leur situation.

Nous pouvons conclure au terme de cette première approche deux vérités approximantes :
1) Les cheminots sont devenus des vilains entre les années 1980 et les années 2000, mais on ne sait pas exactement à quelle date (8).
2) Les usagers sont devenus des otages – comme ceux du Liban – entre les années 1980 et les années 2000, mais on ne sait pas exactement à quelle date (9).

Mais le lien avec le corolaire de Bill Gates ? Me direz-vous.

1) Avez-vous déjà vu un usager aller prendre son train au Liban ou à défaut dans la jungle colombienne ?
2) A votre avis, combien ce mot, utilisé dans la bouche des uns et des autres, rapporte de points au gouvernement dans la négociation avec les syndicats?

Nous pouvons en conclure que la perte de valence des mots sur cette variation
1) Nuit aux usagers
2) Sert vachement les intérêts du gouvernement.

En conclusion, amis usagers, il n’est nul besoin d’utiliser ce vocable à tout bout de champ car si vous relisez attentivement cette démonstration, vous en conclurez aisément que vous n’y gagnez rien au contraire : vous devenez inévitablement des usagers-otages réduits à prendre leur train dans la jungle colombienne en espérant ne pas vous faire attraper par les cheminots belges déguisés en révolutionnaires des FARC. Ce qui dans le fond, vous fera faire encore plus de trajet pour arriver au boulot.
Enfin, amis usagers, je vous engage à faire comme moi : Devenez fatalistes ! Car c’est quand même toudi les pt’its qu’on spotche.

C’était une belle histoire de l’Oncle Paupaul.

(1) Comme disait Amina, « C’est le dernier qui baffé qui a raison, dans ma maison ».
(2) Les Normaliens m’auraient déjà tué pour avoir fait une suite de mots de ce genre absolument vide de sens.
(3) Baise un belgicisme pour bise mais aussi un régionalisme français quoiqu’en disent nos amis d’outre-quiévrain – parce que ça aussi ça marche dans le deux sens.
(4) D’ailleurs merci à Marcel de m’avoir épargné ce soir-là en se rabattant sur le demi- finaliste.
(5) Variation à peine masquée des vieilles blagues « T’habites à combien de kilomètres de Tours ? » ou encore « T’habites à combien de kilomètres de Bordeaux ? » et pour les Belges : « T’habites Porte-Louise ? ».
(6) Il faut dire à leur décharge qu’il s’agissait d’anciens vendeurs de télévisions et/ou hi-fi (haute fidélité disait-on) qui se recyclaient.
(7) Journal télévisé pour nos amis Français.
(8) Personnellement, s’il fallait choisir une date j’hésiterais entre le krach boursier de 1989 et ou l’éclatement de la bulle spéculative et l’effondrement du Nasdaq en 2001.
(9) Selon les premières recherches en Histoire contemporaine, cela se situerait entre l’Eurovision 1986 et la fin des retransmissions de Dix qu’on aime depuis le Paladium de Baisy-Thy dans les années 1990.

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