Redif’s – « Bo le Lavabo » – Une analyse littéraire

Aujourd’hui apprenons à faire une analyse « littéraire » et sémiologique en deux règles de base

Le sujet : Analysez le clip « Bo Le Lavabo » de Vincent Lagaf’ aussi bien au niveau stylistique que scénique

Lavabo

Règle n° 1 : bien décrire les premières scènes et y trouver du sens et surtout trouver une conclusion qui pète sa race

A l’arrière-plan, un homme au look des années quatre-vingt esquisse des pas de danse dans un smoking-blanc lunettes-noires. Il incarne à outrance les années « t’as le look coco ». L’homme est sur-joué, sur-confiant et investit la scène de son loufoque involontaire.

A l’avant-plan surgit son opposé : le ringard. Beret vissé sur la tête jusqu’aux oreilles, il surgit timidement vers le spectateur. Semble apeuré aux premiers abords mais montre soudainement sa gouaillerie en tirant la langue. Il est le négatif du premier personnage.

Arrive le troisième personnage qui complète cette galerie très « eighties », il est le fou. Le fou inquiétant, excessif, abusif, qui passe comme un éclair. Celui dont on ne comprendra pas les réactions.

Les personnages vont ensuite se succéder : le skieur maladroit, le chanteur de la Zoubida, l’écolo. mais les trois caractères principaux sont déjà donnés : « le confiant , le ringard et le fou ». Tous à un moment ou à un autre vont synchroniser leur chorégraphie comme dans une gigue endiablée.

L’homme ne fait plus qu’un avec tous ses personnages, il les incarne, il les transcende. IL est les années quatre-vingts dans leur folie, leur ringardise, leur confiance excessive. IL n’est plus que l’humoriste. IL est l’icône de ces années.

Règle n°2 : A l’analyse de texte, toujours glisser des références obscures et si possible très lointaines.

Après la mise des personnages, l’auteur de texte entre en scène.

Honnête il annonce ses intentions :

« Je f’rais top50
Toptoptoptoptoptop50

Chiche on en r’fait un
Oh ! Eh ! Oh eh ! Oh oh eh !
Oh ! Eh ! Oh eh ! Oh oh eh !

Le langage est clair, direct, les intentions sont pures.

L’auteur amorce doucement par ces onomatopées très délicatement placées (Oh eh ! Oh eh !) son intention d’opter pour les assonances, ces répétitions de voyelles enivrantes.

Des assonances comme dans les poèmes saturniens de Verlaine « Je fais ce rêve étrange et pénétrant ».

Des assonances qu’il amorce, qu’il raccorde aux onomatopées dans une écriture fluide, presque aérienne :

Eh ! Oh ! Eh oh ! Eh eh oh ! Eh ! Oh !

Oh ! Oh !
Oh qu’il est beau, qu’il est beau, qu’il est beau, qu’il est beau le lavabo

Le rythme est cadencé, soutenu : c’est une infernale antienne qui vous tourne dans la tête.

Mais lorsqu’on pense avoir touché le sublime, l’auteur lui s’approche encore un peu plus des dieux :

Alors tu r’viens deux ans plus tard
Tu gardes la même purée et tu changes les paroles

Eh qu’il est laid, qu’il est laid le bidet
Le bidet, qu’il est laid, il est laid le bidet

Génial, il fait entrer une autre assonance.

Et puis là coup de grâce : l’homme grimpe l’Olympe avec vous sur votre dos et dit

Alors tu r’viens un an plus tard
Tu gardes la même purée, tu fais une compilation

Oh qu’il est beau, oh qu’il est laid
Eh qu’il est laid, eh qu’il est beau
Oh qu’il est beau le lavabo, qu’il est laid le bidet ! Oh

L’assonance est double : le bidet et le lavabo sont enfin réunis dans la même histoire.

Intime, personnelle, belle, c’est l’histoire poignante des retrouvailles qui se joue.

Merci pour ces quarante-cinq secondes d’analyse inutile destinées à l’édification des jeunes générations.

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